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Paul Vieille, 40 années d’expériences agricoles au service du bon sens !

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A Mouchamps, près des Herbiers, rencontre avec Paul Vieille de la fromagerie du Deffend.

Paul fait partie des personnes que l'on aime écouter. Après quarante années d'activités à la ferme-fromagère du Deffend à Mouchamps, il prend sa retraite cette année.

Comme un signe, le jour de notre visite, sont venus l'écouter un groupe d’élèves des Etablières, une terminale en Production Agricole. Le Gaec ouvre régulièrement son exploitation biologique à la visite. De l'élevage de vaches laitières à la production de fromage, Paul nous transmet, avec sagesse, ses expériences agricoles et les étapes qui ont marquées son parcours.


Un Normand en Vendée...

Né à Rouen en Normandie, Paul s'intéresse très tôt au monde vivant : les animaux et la nature, ça lui parle. Chaque été, il travaille dans une ferme très proche de la maison familiale, son désir d'évoluer dans le monde agricole le guide sur son chemin. Dans les années soixante-dix, ils sont peu nombreux à se donner les moyens d'être paysan, en milieu rural, la tendance est plutôt au départ des nouvelles générations dans les exploitations famililales...

Je n'avais pas de famille dans le monde de l'agriculture, alors, à l'été 1977, un stage à éffectuer dans le cadre de ma formation d'Ingénieur Agricole, m'a conduit en Vendée.
La ferme du deffend qui m'accueille est dans un système traditionnel, diversifié une vingtaine de bêtes pour la viandes, l'engraissaiment de tourillons, et puis une quinzaine de vaches laitières, on y trouve aussi des cochons, des légumes, une diversification pour une recherche d’équilibre pour la trésorerie.
Robert et Suzanne Merle souhaitaient que le hameau du Deffend ne meurt pas, que les terres n'aillent pas à l'agrandissement, mais qu'elles permettent d' installer un jeune. Ils nous ont fait confiance à nous, néo-ruraux.

Une agriculture en mutation...

Lorsque Paul reprend la ferme du Deffend dans les années 80, l'agriculture connait de grands changements. Une période ou les exploitations sont invités à se transformer...

D'une agriculture familiale avec beaucoup de cultures différentes, prairies, légumes, cochons, on va passer à des formes très spécialisées, on nous laisse entendre que nous ferons mieux le travail si l’on se spécialise dans la production laitière ou la production de viandes...

Agriculture biolologique, production et transformation du lait de vaches. Le Gaec Le Deffend à Mouchamps.


" Je participe assez tôt à des réunions pour réfléchir autrement que les volumes produits et puis comment préserver la biodiversité, et gagner en autonomie... . "

Une philosophie de production et du sens dans les pratiques...

Après une première expérence en Gaec, avec des éleveurs d' agneaux et de lapin, pendant 5 ans, Paul va, par la suite, évoluer seul en production laitière. Il fournit à cette époque la laiterie de Montaigu.

Avec le Civam ou le Grapea, je participe assez tôt à des réunions pour réfléchir autrement que les volumes produits et puis comment préserver la biodiversité, et gagner en autonomie...

En 1999, c’est le passage en agriculture biologique, une véritable volonté d’effectuer les quelques ajustements lui permettant de répondre à ce cahier des charges.

Je n’avais pas grand-chose à faire pour y parvenir, à cette époque, l’agriculture que je pratiquais était devenue très raisonnée, je limitais l’utilisation d’intrants chimiques. Lors de ce changement de pratique, j'ai introduit des prairies avec une douzaine d'espèces complémentaires, mais aussi le binage, 1 binage vaut 2 arrosages dans nos terrains séchants l'été, et puis je suis aussi passé de 35 à 42 hectares de surfaces cultivables.

Une étape difficile...

Un évènement va marquer l'exploitation de Paul, avec la détection en 2000 d’un cas de vache folle. L’ensemble de son troupeau sera abattu. Paul va rebondir, il est conforté à l’idée de s’inscrire pleinement dans cette agriculture biologique et dans l'évolution de ses pratiques.


Recherche d'autonomie pour l'alimentation des vaches...

Cette même année, Paul décide d’arrêter l’ensilage pour ne passer qu'en foin.

Pendant la belle saison, cette nourriture est broutée directement dans les pâturages. Mais l’herbe ne pousse pas toute l’année. C’est pourquoi au printemps et en été, les éleveurs fauchent les fourrages pour les conserver et les stocker, ce qui permet au troupeau de continuer à consommer des nourritures végétales saines quand la météo se fait rigoureuse. L’herbe peut être séchée, ce qui donne le foin, ou bien fermentée en milieu humide, ce qui donne l’ensilage.


Qualité de l'alimentation...

La ferme est équipée d’un important hangar, avec des ventilateurs et capteurs solaires pour chauffer l'air qui finira de sécher l'herbe verte et encore humide qui donnera le foin.

Le foin séché est meilleur pour la qualité du lait. Lorsqu'il est fauché, il ne faut pas attendre qu’il sèche au sol et raccourcir cette période, avec l’humidié et la rosée, le foin perd de sa qualité, nous le mettons donc à l’abri très tôt.
Cette alimentation à base de luzerne et de graminées s’inscrit dans des menus que nous adaptons selon les périodes de l’année, et périodes de pâturage. L’objectif est de faire ruminer les vaches et qu’elle soit en bonne santé, le lait sera de très bonne qualité.
 

Des montbéliardes, ou encore blanc-bleu à la ferme du Deffend.

Après 40 ans d'évolutions agricoles, Paul Vieille prend sa retraite.


 

Un atelier de transformation...

Comme pour donner toujours plus de sens à son activité, la ferme va connaître une nouvelle étape pour un autre modèle. Dans un bassin des Herbiers de grande consommation, il se dit qu’il est préférable de transformer directement les produits ici, à Mouchamps.

En 2006, un atelier de transformation est créé et la ferme devient la fromagerie du Deffend. C'est à ce moment, qu'Emmanuelle rejoint Paul comme salariée sur l'exploitation. Paul va commencer par tester les marchés, apprendre au contact des consommateurs...

Nous transformons aujourd’hui 40% de notre production laitière. Le reste est envoyé à la laiterie de Saint-Père-en-Retz. Nous pouvons encore faire plus de local, mais cela passe aussi par la volonté des organismes publics pour l'approvisionnement de la restauration collective, par exemple.

Créations d'emplois...

A partir de 2010, Paul crée un Gaec en associant à la ferme de jeunes agriculteurs, les activités liées à l'élevage, la transformation, la distribution et la vente des produits laitiers nécessitent en effet, une nouvelle organisation et permet ce développement économique créateur d'emploi.

Aujourd'hui, et dans cette période de départ pour Paul, ce sont François Rouillard et Valentin Pasquier qui s'associent pour la reprise de la ferme, accompagnés de Emmanuelle, Jade, Nicolas et David, salariés au Gaec, puis Aurélien et Jean-François, en alternance.

Il y a 3 ans, nous n’avons pas investi dans la modernisation de la salle de traite, comme l’auraient fait de nombreuses fermes laitières pour grossir, nous travaillons à assurer une qualité de nos produits dans la durée.

La vente directe et les circuits-courts...

Le choix de proposer et tester ses produits laitiers sur les marchés fut une première étape, pour créer ce lien direct avec les consommateurs, avec des échanges, de la proximité et du lien social.

Nous répondons à des appels d'offres et marchés publics pour les cantines scolaires, ce développement du bio et local dans la restauration collective peut être soutenu pour permettre de développer nos activités et permettre à d'autres producteurs locaux de s'y inscrire...

Les fromages et yaourts du Deffend sont fournis dans de nombreux restaurants scolaires des collèges publics et privés, les établissements scolaires primaires, certaines maisons de retraites, mais aussi dans certains magasins alimentaires, et sur les marchés du haut bocage.

Nous réfléchissons actuellement à l'organisation logistique, et comment répondre à la distribution de nos produits localement. L'idée de mutualiser le transport, et d'intégrer cette prestation dans nos activités est à construire, en partenariat avec d'autres producteurs, comme avec la ferme du Bignon pour laquelle nous livrons le beurre, et de leur côté, ils livrent nos produits laitiers.

L'envie de transmettre avant de passer la main...

Paul est officiellement à la retraite depuis début Février, le passage de relais est fait, il reste disponible malgré tout, pour de petits coups de main à ses collègues, et puis il continue encore d'accueillier des classes scolaires à la ferme. Pour certains, de futurs paysans ou agriculteurs, qui pourront s'appuyer sur une expérience et des méthodes, associant compréhension de son environnement, bon sens, et production biologique répondant à une consommation de proximité.

Un grand Merci à Paul pour son accueil, et le partage de sa riche expérience professionnelle !


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