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A Thorigny, on conjugue circuits-courts et lien social, rencontre avec le collectif de consomm’acteurs !

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« Construire une épicerie associative c’est tout d’abord une aventure collective. C’est l’envie de pouvoir se procurer localement des produits de qualité […] mais pas seulement. C’est aussi l’espoir que dans nos campagnes, nous puissions mieux nous connaître, nous nourrir, nous entraider et construire le monde de demain ». Ainsi commençait la lettre de l’épicerie de Thorigny, envoyée à ses adhérents début 2019. En plein confinement, l’actualité et la justesse du message saute aux yeux !

Thorigny, petite bourgade à la croisée des chemins entre La Roche-sur-Yon, Luçon et Chantonnay. 1200 habitants, un café, une épicerie faisant dépôt de pain et un restaurant ouvrier. En 1914, juste avant la guerre, le village comptait 6 épiceries. Mais la modernité a joué son rôle, engloutissant les petits commerces, recrachant des hypermarchés en périphérie des villes, sur de grandes zones d’activité commerciale accessibles en voiture individuelle.


Groupement d’achat provisoire et nomade

En 2017, un groupe de consomm’acteurs se rassemble autour de l’idée du mieux manger et du lien social. L’idée d’une épicerie germe rapidement, engendrant une première réunion publique et la diffusion d’une étude de marché. Environ 120 personnes, des Thorignais, mais aussi des habitants des communes environnantes, répondent à l’appel et manifestent leur intérêt pour un « mieux-manger » en circuits-courts. L’envie est là, reste à la concrétiser. Le groupe porteur du projet fait appel à l’expérience de Goutlayon, une épicerie coopérative installée à Rablay-sur-Layon, petite commune de 800 habitants du Maine-et-Loire. Cette dernière existe depuis plus de 10 ans et conjugue développement local, économie sociale et solidaire et création d’emploi : une « grande sœur qui montre que c’est possible ». Dans le cas de Rablay-sur-Layon, l’épicerie a eu le soutien de la municipalité, et permis la mise à disposition d’un local, le nerf de la guerre. Car pour ouvrir une épicerie, il faut un lieu permanent, accessible et bien situé, en collaboration avec l’existant…

Mais « à cœur vaillant rien d’impossible », et l’association, en attendant de trouver l’espace idéal, choisit de préfigurer l’épicerie sous la forme un groupement d’achat. Il s’agit de ne pas laisser retomber le soufflé ! Depuis bientôt 2 ans, l’épicerie de Thorigny propose à sa soixantaine d’adhérents de commander à plusieurs des produits non-périssables et/ou locaux, une fois par mois. Des produits de base achetés en grande quantité, pour faire des économies d’échelle, et approvisionnés par l’intermédiaire de la Biocoop, ainsi que des produits locaux : farine, savon, huile, mogettes. Les commandes se font par Internet et sur papier, et les distributions s’effectuent en physique le troisième dimanche du mois. Une caravane achetée d’occasion permet d’assurer la logistique et donne visibilité et dimension nomade au projet.


Le lien social ne se décrète pas, il se construit de fil en aiguille, autour d’un four à pain ou d’un atelier de conserves, au cours d’un repas commun et de recettes partagées.

En parallèle, la commission « Épicerie associative » s’active, réfléchit à une charte des futurs produits qui garniront les étals. Beaucoup d’adhérents sont arrivés au projet par l’entrée « manger sainement et durablement », inscrit comme un préalable dans les statuts de l’association : « proposer à la vente des produits sains (a minima sans produits phytosanitaires), si possible locaux, à des prix raisonnables (permettant aux consommateurs d’acheter et aux producteurs de vivre). »


Du lien en conserves

Plus qu’un projet alimentaire, l’association entend être un vecteur de lien social. Ce dimanche matin de novembre, une soixantaine de personnes sont rassemblées chez un particulier, dans un grand corps de ferme, avec une haute grange aux vieilles pierres et un four à pain, laissé entre les mains expertes d’un ancien boulanger. La gueule béante du four, la pelle qui enfourne et retire les pâtons, les gamins qui courent partout et engloutissent la pâte chaude tout juste sortie du brasier, les pépés qui lèvent le coude, l’opinel dans l’autre main. Les fouées que l’on garnit de fromage de chèvre et de terrine du chasseur en se brûlant les doigts. Une Fête du pain qui a rassemblé les énergies de nombreux bénévoles pour réparer le four à pain inutilisé, et le « dérhumer », un procédé de chauffes progressives sur un mois, pour le préparer en douceur.

Le lien social ne se décrète pas, il se construit de fil en aiguille, autour d’un four à pain ou d’un atelier de conserves, au cours d’un repas commun et de recettes partagées. Et d’une lettre trimestrielle qui colporte petites annonces du village et portraits de producteurs engagés. À la question « Qu’est-ce qui rassemble ? », que s’était posée la commission “Lien social”, la fête du pain semble être une bonne réponse. Tout comme les quatre temps forts ouverts à tous organisés chaque année pour faire connaître l’association et partager des savoir-faire. Comme l’atelier de conserves d’été, en août dernier, pour apprendre quelques techniques de conservation des aliments, et qui a donné lieu à chutney de courgettes, tomates séchées, caviar d’aubergine, cornichons au vinaigre ou fruits au sirop ou en compote.


 

Au-delà d’une réflexion sur l’autonomie et la résilience alimentaires, les membres de l’association portent l’idée que la qualité de vie, le bien-vivre tient aussi aux relations qu’on noue, à la vitalité du territoire où l’on vit. On assiste à un renouveau des petites épiceries dans les villages, sans garantie de succès ni de pérennité, mais symptomatiques du besoin de recréer une « communauté d’existence ». Plus que des lieux d’achat et de consommation, ce sont aussi des lieux de vie et de convivialité que viennent chercher les consommateurs.


De la coopérative à l’auto-gestion ?

Après plusieurs mois de recherche, et du provisoire qui s’éternise, aucun local n’est trouvé à prix abordable, et la perspective d’ouvrir un commerce associatif sans soutien local s’amenuise. Dans le cas de Rablay-sur-Layon, la collectivité avait rapidement perçu la valeur ajoutée d’un tel projet pour son territoire : un dialogue qui avait permis à la mairie d’être facilitatrice dans la mise en œuvre de l’initiative, et notamment pour l’acquisition d’un lieu.

Suite à son Assemblée Générale en janvier 2020, l’association réoriente le projet et réfléchit à un modèle davantage auto-organisé. Elle s’inspire de l’exemple de DionyCoop, coopérative alimentaire autogérée à Saint-Denis (93), émanant d’une AMAP locale. Un modèle plus hybride et agile qu’une épicerie traditionnelle, gérée par et pour ses adhérents, avec quelques permanences par semaine et un nombre limité de références et produits.

Jouissant d’une attractivité nouvelle, les villages et petites villes cherchent à se réinventer, misant sur le lien social - souvent à l’initiative des habitants -, tout en essayant de préserver ou reconstruire les services de base (commerces de proximité, bureau de poste, cabinet médical). De nouvelles coopérations sont sans doute à imaginer entre collectivités locales aux dotations faiblissantes et initiatives privées, individuelles ou collectives, mais également en laissant place aux potentialités d’auto-organisation des habitants, qui n’ont attendu personne pour penser la revitalisation des territoires ruraux.



Zoé Jarry


 

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