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Le chemin du soin : rencontre avec Audrey Chataigner, praticienne naturopathe !

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Rencontre avec Audrey Chataigner, praticienne naturopathe qui vient d’installer son cabinet, Le Chemin du Soin, à La Planche, à quelques kilomètres de Montaigu. Chez elle, une bibliothèque remplie d’ouvrages sur le soin, les plantes médicinales… et les femmes ! De longs cheveux châtains, des yeux bleus rieurs et une voix douce, qui nous délivre une parole libre et bienveillante… !


Tu es praticienne naturopathe depuis peu, après un premier parcours dans la médecine traditionnelle. Pourquoi as-tu changé de voie ?

Avant de devenir praticienne naturopathe, j’ai travaillé 5 ans dans le soin, en tant qu’aide-soignante, en psychiatrie et ailleurs. En parallèle de ce métier-là, j’ai donné des cours en école d’aide-soignante dans le domaine de handicap mental et psychique. Et j’ai aussi été bénévole auprès de malades en fin de vie, avec des maladies lourdes.
J’adorais mon métier mais je ne pouvais plus travailler en accord avec mes valeurs. Dans le secteur de la santé, il y a beaucoup de maltraitance institutionnelle envers les salariés, mais aussi un manque de médecins, de psychiatres, et des conditions de travail qui ne correspondent pas aux besoins réels. Il y a environ un an et demi, j’ai décidé d’arrêter la profession d’aide-soignante, parce que j’aspirais à une démarche qui prenne en compte les plans psychique, physique et émotionnel. Dans la médecine traditionnelle, on n’est pas considéré « dans son ensemble ». À l’inverse, l’un des principes premiers de la naturopathie, c’est d’avoir une approche holistique, c’est-à-dire globale.
Je me suis formée en alternance, avec des modules théoriques à distance et des modules pratiques physiques. Il y a plusieurs écoles et courants dans la naturopathie, qui sont certifiés par deux organismes, la FENA (Fédération Française des Ecoles de Naturopathie) et le SPN (Syndicat des Professionnels de la Naturopathie).

Concrètement, en quoi consiste la naturopathie ?

Pour aller agir sur la cause, on commence par faire un « bilan de vitalité », après un premier échange avec la personne, 1h30 en moyenne, pendant lequel on discute de son parcours de vie, on évalue son stress, son alimentation, son sommeil, d’éventuels signes de carence. Et à la suite de cela, j’établis des protocoles individualisés en fonction de la personne et de ses problématiques, sur une période donnée.
Je me suis également formée à la réflexologie plantaire et faciale. Là encore, ça vient en complément de la médecine allopathique (conventionnelle). C’est une technique réflexe, on envoie une pression sur un point sur le visage ou au niveau des pieds, qui va transmettre un stimulus au système nerveux central, qui le renvoie à l’organe, à la glande en dysfonctionnement.


J’ai décidé d’arrêter la profession d’aide-soignante, parce que j’aspirais à une démarche qui prenne en compte les plans psychique, physique et émotionnel. Dans la médecine traditionnelle, on n’est pas considéré « dans son ensemble ».

Tu as choisi de te spécialiser dans les problèmes féminins, pourquoi ?

En effet, j’ai suivi une formation plus poussée sur les “problèmes féminins”, et j’ai notamment obtenue une certification pour l’endométriose. En consultation, j’accompagne les femmes dans plusieurs circonstances : lorsque tout va bien, ça peut être pendant la grossesse, ou en amont de la grossesse, quand il y a un désir d’enfant ; mais aussi pendant la ménopause ou la puberté. Et enfin, ça peut être dans le cas de la maladie, comme l’endométriose, une maladie gynécologique douloureuse, assez répandue mais très mal comprise et diagnostiquée. Une grande part de mon accompagnement consiste à apporter des réponses et de la connaissance sur la physiologie. J’ai pris conscience que beaucoup de femmes ne connaissent pas bien leur corps, le fonctionnement de leur cycle, les phases de fertilité, etc... Et c’est un sujet très vaste !

Comment as-tu commencé à t’intéresser à ce sujet ?

Je suis concernée moi-même par l’endométriose et les SOPK (syndrome des ovaires polykystiques). L’endométriose touche une à 2 femmes sur 10. C’est une maladie chronique importante, qui génère des hémorragies, des grosses douleurs, des sautes d’humeur et qui entraîne aussi des problèmes de fertilité et hormonaux. J’ai mis 8 ans avant d’être diagnostiquée. Je l’ai découvert pendant ma formation, ce qui m’a conduit à vouloir approfondir et me spécialiser sur ces problématiques. Une errance médicale qui n’est pas normale. D’où ce désir d’accompagner les femmes, de pouvoir les rediriger vers des praticiens qui peuvent les diagnostiquer, et travailler en partenariat avec eux.
Depuis mon installation, en très peu de temps, j’ai reçu plein de messages de femmes qui cherchent des médecins parce qu’elles n’en trouvent pas*. On leur dit que c’est dans leur tête et ça, c’est insupportable. C’est la double peine de la maladie. J’ai à cœur de leur proposer un accompagnement naturel et global. Dans ma prise en soin de l’endométriose, le but va être de réduire les douleurs, de réduire les symptômes (transit perturbé, douleurs pendant les rapports sexuels), avec l’alimentation, les plantes, etc… « Prendre en soin » plutôt que « prendre en charge », c’est ma conception de l’accompagnement. D’ailleurs l’écoute est le premier des soins.

Comment expliques-tu que ce soit aussi peu connu du grand public ?

Ça vient du tabou du sexe de la femme, des règles. On a vécu pendant très longtemps dans une médecine patriarcale, parfois présente encore aujourd’hui. Par exemple, un exemple très fréquent : on met la femme sous pilule très jeune, très tôt, pour réguler le cycle, l’acné, ... et ce n’est qu’au moment où il y a un désir d’enfant qu’on va se rendre compte qu’en fait, c’était pathologique.

 
On sent en ce moment qu’il y a une ouverture sur ces questions-là. Par exemple, on a vu l’apparition des sexes féminins dans l’art, des vulves, des clitoris, qui deviennent un motif à part entière. En quoi est-ce important que ces images deviennent visibles ?
C’est un tabou qui se fissure petit à petit, c’est une libération de la parole de la femme. Il y a encore des mythes complètement absurdes : comme en Vendée par exemple, les femmes qui ne pouvaient pas descendre dans les caves parce qu’on considérait que leurs règles faisaient tourner le vin ; ces mythes, on les trouve partout dans le monde, dans beaucoup de cultures, où la femme est ostracisée pendant sa période de menstruations. Et encore beaucoup de diktats sexuels, des mutilations comme l’excision, des discriminations sexuelles et sexistes. On en parle de plus en plus, et c’est formidable que la femme soit moteur de ça.
Tout est lié : une meilleure connaissance de son anatomie, c’est aussi une meilleure appropriation de son corps, pour mieux en prendre soin. On en a été dépossédées quelque part. Les femmes n’accouchent plus, ce sont les médecins qui les accouchent. Sans même d’explication médicale et de consentement. J’ai beaucoup de témoignages en consultation de femmes ayant subi des violences obstétricales ou gynécologiques (physiques ou psychologiques), des avortements dans la maltraitance, ou pendant l’accouchement. Ça change, mais il faut se battre. Il faut pouvoir parler de ces sujets-là, sans tabou : la dépression post-partum, ou le baby-blues.
Il y a un vrai enjeu d’éducation et de sensibilisation des professionnels, former les médecins à l’écoute, former par exemple des radiologues à mieux déceler certaines maladies difficilement détectables. Et tant qu’on n’écoutera pas les femmes, on ne pourra pas répondre à leurs besoins. Il faut travailler en partenariat avec elles. On ne peut pas ne pas les inclure dans les prises en soin.


 

On peut parler aussi de la charge mentale qui pèse sur les femmes, notamment en matière de contraception ?

Bien sûr. Aujourd’hui, la plupart des solutions de contraception sont féminines, et essentiellement basées sur des hormones, mais ça ne convient pas à tout le monde. En non-hormonal, il reste le stérilet en cuivre, mais qui est globalement douloureux et contre-indiqué dans certains cas. Et on n’a pas grand-chose d’autre, à part le préservatif, qui n’est pas toujours du goût du conjoint. La charge mentale de la contraception pèse majoritairement sur les femmes, avec tous les rendez-vous médicaux à prendre, les examens gynécologiques, le dépistage et le suivi. Sans compter que c’est souvent à elles d’éduquer le conjoint à tout cela. Mais il ne faut pas désespérer, on entend de plus en plus parler du développement des contraceptions masculines, qui pointent le bout de leur nez : le slip chauffant, l’anneau contraceptif pour homme, la vasectomie…

Dans la même idée, on se rend compte qu’aujourd’hui, il y a une fissure du tabou autour du désir et du plaisir féminins ?

Complètement, on le redécouvre ! Alors que ça avait été un peu occulté, au service du plaisir et du désir masculins. En consultation, il m’arrive régulièrement de parler de libido ! Et je me rends compte qu’il y a encore du travail pour déconstruire les mythes autour de la sexualité, du plaisir vaginal, de la masturbation féminine… C’est de plus en plus décomplexé, et tant mieux ! Il était tant que ça sorte de la sphère « honteuse » (au même titre que les règles). C’est évidemment une question d’éducation sexuelle. Pour moi, il est indispensable d’éduquer au consentement au collège et au lycée. Et plus largement, interroger la culture du viol et la culture du genre : ça va des jouets dans les magasins aux pubs, en passant par l’orientation professionnelle. Autant de discriminations sociales ordinaires à déconstruire.

Est-ce que tu te sens concernée par les droits des femmes ?

Je suis sensible et engagée pour les droits des femmes depuis plusieurs années. Au-delà d’être militante, il était pour moi évident que cet engagement devait résonner dans ma pratique de naturopathe. Au départ, il y a un sentiment d’impuissance, puis on se demande ce qu’on peut faire à son échelle pour faire évoluer les mentalités et les pratiques, pour sensibiliser et former, faire de la prévention…
Heureusement, il y a des avancées liées à une plus grande demande sociétale : le mot « féminicide » est entré dans le langage courant ; on commence à entendre parler de précarité menstruelle, car toutes les femmes n’ont pas accès à des protections hygiéniques (et certaines associations demandent par exemple la gratuité) ; ou encore la “taxe rose”.

Comment est-ce que la question du féminin peut trouver sa place dans la Transition ?

On ne peut plus imaginer un monde où les femmes aient des droits inférieurs, ni un monde où l’on ne se sente pas concerné par l’écologie et par notre impact sur la planète. Il faut prendre soin des femmes comme de l’environnement, du vivant en général. Pour une bonne transition, il est nécessaire que nous élargissions notre sphère de considération morale.


* Si vous êtes sujette à l’endométriose et que vous avez du mal à trouver un médecin, vous pouvez consulter les sites d’EndoFrance et Endomind, qui ont des listes de professionnels formés sur ces maladies, dans chaque région. Et puis j’ai aussi un onglet sur mon site qui explique comment ça se passe, et je peux rediriger vers des spécialistes dans la région.


Zoé Jarry


 

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