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Le rire au service de l’éveil des consciences avec le théâtre amateur à Montaigu !

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Suivre la cadence...

En juin, la troupe amateure les Singes d’une nuit d’été s’empare de Flexible Hop Hop, une pièce contemporaine d’Emmanuel Darley. Ici, on est loin du vaudeville ou du boulevard, plutôt dans le registre de l’ironie grinçante, voire de l’absurde qui se joue de nos maux de société. La compagnie nous plonge dans le monde de l’entreprise « du futur », colonisé par une novlangue venue du management et du marketing, à grand renfort d’anglicismes et de flexibilité (d’où le titre). Un monde ouvrier aussi, managé, minuté, évalué. Chez Interklang, on fabrique des Klang ! depuis 40 ans. Avant, les ouvriers travaillaient avec leurs machines. Aujourd’hui, elles ont été vendues, et ce sont les hommes qui les remplacent. Mais l’humain coûte trop cher… et si on délocalisait ?

S’emparer d’un lieu incongru ou peu connu, revisiter les codes, cultiver l’éphémère et l’insolite : la compagnie est coutumière du fait. Chaque espace ou événement est prétexte à création : pour les Journées du Patrimoine, ils ont imaginé la rencontre improbable entre la Duchesse de Berry, Georges Villebois Mareuil et l’amiral Duchaffault, des figures locales. A l’occasion du Tour de France, ils créent Il Campione ou la victoire d’un rêve, l'histoire d'un cycliste qui se prend à rêver qu'il gagne le Tour de France, non sans épingler au passage, avec humour et ironie, les lieux communs de la grande boucle.

La troupe amateure "les Singes d’une nuit d’été" !


” A l'arrivée, une satire drôlatique du monde du travail contemporain. « La pièce s'ouvre sur deux hommes affectés à une tâche rigoureusement imbécile. Bientôt, remerciés, ils sont remplacés par une femme... moins cher! puis elle-même par d'autres, venus d'ailleurs... ”

A Montaigu, on délocalise le théâtre amateur

Pour ce spectacle, on nous donne rendez-vous dans un vaste hangar de tôles, murs gris parpaing, sols gris béton. Au cœur de l’entrepôt, des câbles au sol délimitent l’espace scénique. Jolie scénographie que ce décor planté là, sans rideaux ni coulisses. L’ambiance sonore, aux bruits de machines assourdissantes et chuintantes nous emplit peu à peu... Les Klang ! nous envahissent le crâne comme les Bip ! pour les caissières, certainement. On désacralise la scène, lumière crue au goût d’halogène, à chacun d’apporter sa chaise pliante. Les spectateurs font partie du décor, des ouvriers parmi les autres.

À l’affiche de cette nouvelle création, ils sont sept, issus de plusieurs troupes amateures locales : Cie Tel’Man, Amis Parcours, Loulartists, Les 3 Coups, sous la direction de Sophie Barreau et Stéphane Gaboriau, régisseur de métier et scénographe, autour, comédien et metteur en scène.

 

Rire pour questionner la mondialisation et le productivisme !

On délocalise le théâtre amateur à Montaigu !


 

Une fable caustique au cœur de l’usine, qui résonne furieusement avec l’actualité : délocalisation, productivisme, travail à la chaîne. En imaginant un monde où les ouvriers devraient travailler sans machines, devenues trop chères et trop encombrantes, l’auteur dénonce par l’absurde la course aux coûts (coups ?) bas. Une satire du monde du travail qui fait sourire (et grincer des dents). Travailler pour gagner sa vie, faire des Klang ! pour subsister. Klang ! C’est ainsi que l’imagine l’auteur, Emmanuel Darley : « une tâche absolument imbécile, un simulacre de travail, simplement matérialisé par un bruit ». Quand on sait que l’étymologie de travail vient de tripalium en latin, un instrument de torture, il y a de quoi méditer (et grincer des dents)…

La force du texte d’Emmanuel Darley réside dans son écriture percussive, quasi-mécanique, rythmée par les Klang ! Une langue elliptique, qui va à l’essentiel, pas le temps de s’écouter parler, faut suivre la cadence. Qui n’est pas sans nous rappeler Les Temps Modernes, et un Charlie Chaplin zombifié par le travail à la chaîne. Qui use les corps, aspire la vitalité et aliène les esprits.

Une expérience de spectateur pas comme les autres et une comédie (car il s’agit bien de cela) à découvrir en juin les Vendredi 14 à 20h30, samedi 15 à 17h et 20h30 ; vendredi 28 et samedi 29 juin à 20h30, à la Carrosserie Héraud, à Montaigu en Vendée.


Zoé Jarry

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