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Un atelier à couper le souffle ! Rencontre avec Valérien Desjariges à Talmont-Saint-Hilaire.

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Conjuguer travail et passion, c’est le pari réussi que nous fait découvrir Valérien Desjariges dans sa verrerie d’art, à Bourgenay. Si le marché du verre représente en France plus de 200 entreprises et quelques 45 000 salariés, Valérien reste l’un des rares à le travailler de manière artisanale.

L’invention du soufflage du verre est attribuée aux phéniciens ou babyloniens grâce à l’invention de la canne à souffler. Cette découverte entraîne la naissance d’une forte industrie de verre creux. Grâce au soufflage à la canne, l’artisan est à bonne distance de la source de chaleur et il peut donner forme à des pièces de plusieurs dizaines de centimètres.


Perpétuer un savoir-faire

Aujourd’hui, la pratique du soufflage du verre se fait de plus en plus rare, et la déperdition de ces artisans s’explique par une industrialisation massive et l’augmentation du prix du gaz qui est la charge principale d’un atelier. Dans le département, il ne reste plus que deux souffleurs de verre. Le deuxième étant installé à Sallertaine.

La verrerie est une institution à Talmont-Saint-Hilaire. L’originalité est l’atelier à chaud ouvert au public dans lequel on peut voir Valérien et son équipe façonner les pièces. Une volonté de faire découvrir son savoir-faire ancestral au plus grand nombre car pour le souffleur l’essentiel est le partage.

« Lorsque j’avais 14 ans, j’ai vu un souffleur de verre, j’ai trouvé ce métier magique. Je me suis inscrit alors dans une école de soufflerie ». Une fois l’école intégrée, la passion ne faiblit pas et il avoue «Après les cours, je séchais l’internat pour aller voir des verreries ».

Au bout d’une canne en inox, la boule de feu se forme et se déforme au contact des outils. Une transformation de la matière que notre souffleur de verre qualifie d’alchimie.


"Travailler avec le verre, c’est travailler avec un matériau totalement recyclable. Ce qui ne peut pas être réutilisé est refondu, il n’y a pas de déchet."

Le métier et la passion d'une vie

L’histoire entre Valérien et la Vendée commence il y a 20 ans. Après un diplôme de souffleur de verre, Valérien fait un tour de France. Cela lui permet de rencontrer différents maîtres et différentes techniques. Il travaille pour des entreprises de prestige telles que la cristallerie de Baccarat où il rencontre Stéphanie également souffleuse de verre. Après 6 ans d’installation en Savoie, Valérien apprend que son ancien maître de stage installé au Query-Pigeon prend sa retraite. Ils décident de reprendre l’atelier. Ils s’installent en poussant l’artisanat jusqu’à la fabrication des quatre fours indispensables à l’activité.

Valérien pratique son métier depuis 27 ans. Depuis le mois de mai, l’équipe est au nombre de 3, puisqu’un assistant, Mathieu, a rejoint de duo.

« Pour fabriquer une pièce, tout est compliqué, avoue le souffleur. Il faut la bonne quantité de verre au risque de la casser. Ce qui est magique, c’est le contact avec la matière» précise Mathieu l’assistant-verrier.

Des lignes apparaissent pour progressivement obtenir la forme désirée …. Ce sera un perroquet. Le travail se fait toujours en musique. La mélodie accompagne la fabrication de la pièce.« Les étapes de la pièce correspondent au moment de la musique »

Lorsqu’on demande à Valérien ce que lui inspire le mot verre, sa réponse est immédiate : « fluidité ». « L’étincelle, c’est de parvenir à créer une belle pièce après un travail long et compliqué », nous confie Mathieu.

Travailler avec le verre, c’est travailler avec un matériau totalement recyclable. Ce qui ne peut pas être réutilisé est refondu, il n’y a pas de déchet. Dans l’atelier, il fait chaud, un mélange de chaleur du feu et de chaleur humaine car Valérien et Mathieu travaille avec une complicité touchante.« Un bon verrier seul n’existe pas, il faut une bonne équipe », insiste l’artisan.

Grâce à son souffle, Valérien donne vie à la pièce.


 

Valérien travaille sur commande ou sur l’inspiration du moment. Ce qui compte avant tout pour lui est le plaisir : « J’essaie de faire le mieux possible mon métier, en m’amusant », précise t-il.

Les pièces sont exposées dans la boutique attenante à l’atelier. Des pièces uniques, colorées, utiles ou décoratives. Les lignes et courbes subtiles témoignent du perfectionnisme de l’artisan. Si Valérien ne se qualifie pas d’artiste, on ne peut s’empêcher de repérer des pièces inspirées des mouvements du début du XXe siècle, telles que les lampes Emile Gallé. Remettre au goût du jour des pièces en leur apportant de la modernité est l’art de fabrication de Valérien. Il aime aussi créer au gré de son imagination.

Lors de la visite de la boutique, Valérien s’arrête dans la pièce qui le touche le plus : celle des grosses pièces et des structures animalières. Sa dernière fierté est un bouledogue qui n’a pas encore trouvé acquéreur. Cette pièce requiert un travail d’une délicatesse exigeante. Ses dernières créations sont désaxées et calligraphiées. Une technique qui lui tient particulièrement à cœur car « maintenant que je sais faire quelque chose de droit, j’essaie de déformer »

Un projet serait de travailler sur le verre phosphorescent.
L’achat d’une pièce est un moment important, car, au-delà de la nécessité économique, c’est la compréhension de son art qui l’anime : « Cela veut dire que quelqu’un est entré dans ma tête »

La verrerie d’art est un point stratégique de l’économie touristique de Talmont-Saint Hilaire. En 2018, des centaines de visiteurs ont poussé les portes de la galerie-atelier. Le contact avec le métier de souffleur d’art ne s’arrête pas à la visite de la verrerie. Des ateliers sont également organisés pour apprendre à souffler une pièce et conserver son souffle (30 euros l’atelier- réservation obligatoire). Des ateliers initiation sont également organisés par demi-journée ou journée à la demande.

Faire de son rêve d’enfance une réalité est le message offert généreusement par Valérien et son équipe à travers leur parcours et leur art.



Mélanie Noublanche

Photos : Patrick Touvron

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