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Transition agricole au Gaec la Pierre qui vire, rencontre avec Matthieu Pallard à Cheffois !

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Elevage bovin et agriculture biologique : une transition qui s'opère à la Pierre qui vire !

Cheffois est une petite commune située dans une zone de transition entre le Haut-Bocage et le Bas-Bocage, nichée dans une jolie vallée ombragée, dont le ruisseau rejoint un peu plus au sud le Loing, affluent de rive gauche du Grand Lay. Nous y retrouvons Matthieu Pallard, éleveur de bovins au Gaec La Pierre qui vire. Le nom choisi par les associés créateurs du GAEC est celui d’un dolmen situé sur une parcelle de l’exploitation. « La Pierre qui Vire », classé monument historique. C’est la quatrième génération d’éleveurs de bovins, au sein du village du Puy-Viset.

L'exploitation de 147 hectares est spécialisée dans la vente directe de viande bovine de race limousine. Peu avant la retraite de son père Rémi, notre hôte du jour, Matthieu, 32 ans, a entrepris une transition dans le modèle agricole familial. De nouvelles approches, respectueuses du vivant et de la terre, exempt d'intrants chimiques. Un exemple sur notre territoire que nous avons voulu mieux comprendre, mais aussi mettre en lumière.

J'ai rejoint mes parents sur l’exploitation en 2009, avec en poche, un BTS Gestion des exploitations agricoles, option comptabilité. Je me suis installé dans un sytème intensif « classique vendéen » avec beaucoup de maïs, herbe et régrat d’Italie, avec dès le départ l’utilisation de pesticides, pas à outrance, mais réguliers. Nous utilisions également des engrais chimiques comme l'avais toujours appris mon père, né en 1954, et installé très jeune, à 14 ans.
Dans une période d’après guerre ou il fallait nourrir la France et être autonome au niveau de l’alimentation, mon père acquiert à l’école ce modèle agricole intensif, et jusqu’à sa retraite, il ne saura pas faire autre chose, des aides comme la PAC l'ont notamment soutenu dans cette voie là. Il fait parti d’une gérération d’agriculteurs, entre 50 et 60 ans, qui a du mal à se remettre en cause, d’abord parce que c’est un métier difficile, comme tant d’autres, mais aussi, de part une certaine fatigue psychologique...
Pendant 30 ans, on leur a dit qu’il fallait suivre telles méthodes et maintenant, qu'il faut faire l’inverse et changer beaucoup de choses, il ne le comprenne pas bien car c’est comme si on leur avait fait un lavage de cerveau….

Une transition dans le modèle agricole...

Mathieu et son père Rémi parlent librement des évolutions engagées sur l'exploitation familiale, même s'ils ne sont pas toujours d'accord...

Lui ne comprend pas ma façon de penser, et moi, pas la sienne, et ça en une génération. Cependant il m’a laissé faire, j’avais une autre vision de l’agriculture. J’ai passé beaucoup de temps à me former aux pratiques de l'agriculture biologique, tous les ans depuis mon installation sur l'exploitation. Pour cela, je suis rapidement entré au GAB85 et également au GRAPEA. Mon père était proche de la retraite alors il m’a laissé faire, même si cela n'a pas toujours été simple pour lui psychologiquement… j'ai du lui montrer que c’était possible et qu’on pouvait changer.

Rencontre avec Matthieu Pallard, éleveur de limousines à Cheffois ! Le Gaec "La Pierre qui Vire" !


” J'ai du montrer à mon père qu'il était possible de changer de modèle agricole, en mettant en pratique de nouvelles connaissances, naturelles et exempt d'intrants chimiques. ”

Des formations et des connaissances...

Les efforts individuels, notamment au travers des formations sont indispensables selon Matthieu. Un accompagnement financier des organismes publiques est tout aussi nécessaire pour s'engager vers une agriculture biologique...

Lorsque nous sommes en formation, c'est du temps en moins à la ferme, à l'époque, j'étais jeune et n'avais pas d'enfants alors je pouvais me permettre de travailler tard en dehors des temps de formation. Ce sont des paramètres qu'il faut prendre en compte. Des aides publiques, depuis trois ans, ont aidé notre évolution, notamment avec un contrat appelé "les mesures agro-environnementales", directement lié à la qualité de l'eau. Vendéo, le département et la région co- financent ce dispositif en vue d'améliorer la qualité de l'eau sur notre bassin versent. Ces appuis financiers sont indispendables pour accompagner les agriculteurs dans cette transition.

Il est d'ailleurs important de rappeler ici que le montant de l'argent public alloué au traitement des eaux pollués et à la dégradation de notre biodiversité, est bien plus important que les aides proposées aux agriculteurs pour qu'ils parviennent à stopper l'utilisation des produits chimiques qui engendrent ces conséquences... nous dirons que comme en médecine, mieux vaut prévenir, agir là ou le mal a dit, plutôt que mettre des pansements qui ne tiennent pas dans la durée...


Une autre approche...

La volonté de Matthieu de s'engager dans une agriculture durable et pérenne, mais aussi l'acquisition de ces nouvelles connaissances vont lui permettre d'expérimenter concrètement à la ferme.

Cela fait maintenant 4 ans que nous avons réussi à nous passer de pesticides et d'engrais chimiques. Dès 2010, nous avions fortement réduit leur utilistation grâce à l’implantation d’espèces spécifiques : ça a commencé par l’herbe, en me formant, j’ai appris qu’il y avait plusieurs variétés dont une légumineuse capable de capter l’azote de l’air. En la mélangeant avec des graminés, type régrat d’Italie, et en faisant des mélanges prériales, elles ont la capacité de fixer l’azote de l’air et de la restituer à la prairie, pour nourrir naturellement les cultures. Ce sont les trèfles, les luzernes, en plus les bovins raffolent de ça parce que d'une riche qualité alimentaire !

Qualité de l'alimenation, sans soja...

Les surfaces en herbes vont être augmentées, au détriment du blé et du maïs qui nécessitent davantage de traitements chimiques...

Avant, nos vaches étaient nourries à l’herbe avec du maïs, et nous complétions à la ration avec du soja et du colza. Car Il fallait palier aux faibles qualités de l’herbe, et de fait, aux carences en azote. Nous étions donc beaucoup moins autonomes qu’aujourd’hui. Autant on trouve encore facilement du colza en France, mais pour le soja, c’est beaucoup plus compliqué. Nous savions que tout le soja en provenance d'Amérique est OGM, mais des agriculteurs non-avertis, n'y prêtent pas attention...
Et encore notre territoire bocager a su maintenir les prairies, les bêtes sont nourries à l’herbe, aux Etats-Unis, l’alimentation est au soja… Dès mon installation, nous avons arrêté ces approvisionnements de soja, nous nous sommes enregistrés dans une filière « Label Rouge » certifiée « Sans OGM », à partir de là, nous maitrisions vraiment l’alimentation que nous achetions, et puis petit à petit, en développant le pâturage et puis la fauche, avec des légumineuses, nous avons amélioré la qualité de l’alimentation que nous donnions à nos bovins...
 

Vente directe de viande bovine de race limousine ..."Cheffois"

Un groupement de producteurs pour la vente directe : Esprit d'ici !


 

De nouvelles techniques de pâturage...

C'est aussi un programme européen sur cinq ans, le "pâturage tournant dynamique" dans lequel s'est engagé Matthieu. Des ingénieurs spécialisés viennent expliquer aux agriculeurs de la région (150 éleveurs), comment améliorer le rendement et la qualité de l'alimentation en herbe.

Il s'agit de découpage en zones de pâturage, des paddock. En effectuant des rotations, les vaches passent d'un champ à lautre tous les 2 jours, nous améliorons la qualité de l'herbe et la vie des sols également.
Ce programme s'étale sur 5 ans avec notamment des analyses de sols, avec L'INRA de Lusignan mais aussi l'Universtié de Rennes. il s'agit de montrer les évolutions au départ du programme, pendant et à la fin. Nous concernant, et depuis 2015, ayant stoppé toutes utilisations d'engrais chimiques, les premières ananlyses ont permis de constater que le nombre de vers de terre était aussi important dans nos champs que dans une forêt vierge... déjà au bout de 3 ans, nous constatons que l'herbe se porte mieux, cela impact énormément la santé, l'état de forme et psychologique de nos vaches: elles sont plus douces entre elles mais aussi avec nous.

Beaucoup d'agriculteurs qui suivent ce programme sont en conventionnel, ils ont la volonté d'adapter leurs pratiques, et ce programme est une première étape pour eux.... Comme une nécessité de passer outre les peurs, pression financière et méconnaissance sur d'autres techniques.


Des étapes successives pour un passage en bio en 2017...

Cette transition s'est faite progressivement depuis l'installation de Matthieu en 2009. Cela induit beaucoup de conséquences lorsque l'on change un système de fonctionnement, il a du prévoir et anticiper.

Il peut y avoir une baisse de rendement au départ, alors il faut beaucoup anticiper. Si un hiver, nous n'avons pas assez de nourriture pour les bovins, il faudra en acheter, donc économiquement, cela devient moins intéressant car cela coûte le double de s'approvionner en fourrage plutôt que de la produire ici...
Au final, toutes les étapes se sont révélées positives, plus de pesticides et d'engrais chimiques, l'autonomie alimentaire, la santé et le bien-être de nos vaches, la biodiversité sur nos terres...
L'utilisation des huiles essentielles devient maintenant courante pour soigner les animaux de l’exploitation. Au-delà du bien-être animal, cela s’inscrit dans notre politique d’utilisation mesurée des antibiotiques et des antiparasitaires.

Développer la vente directe et le circuit-court...

Au départ, Matthieu et le Gaec qui Vire avaient aménagé un petit local à la ferme. Des envois de mails réguliers pour que les clients viennent chercher leur commande. Désormais et depuis 2017, ils se sont associés à d'autres producteurs du pays de La Châtaigneraie avec "L'esprit d'ici" : un marché de produits locaux réunis sur un même site !

Ce projet répond à l'attente de plus en plus nombreux consommateurs qui veulent trouver les produits locaux dans un même lieu. Notre local est situé entre Cheffois et la Châtaigneraie. Nous ouvrons ce marché les 1er & 3ème samedi de chaque mois de 10 h à 12h30, nous pouvons ainsi proposer nos produits en direct et créer une espace pour goûter et d'échanger avec les consommateurs. On y trouve de la viande de boeuf et veau, Viande de porc, volailles et terrines, fromages, oeufs, légumes, mais aussi du miel, des vins, bières et jus de pomme.

La vente directe ne représente pour le moment qu'une petite partie de la production de la ferme, le reste de la viande est écoulé sous "Label Rouge" en France, une autre partie destinée aux grandes surfaces, et puis notamment deux restaurateurs de la région. La volonté de Matthieu est de mieux valoriser ses produits en circuits-courts et de bénéficier ainsi de liens directs avec les consommateurs. Nous le remercions chaleureusement pour son accueil.

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